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Violences faîtes aux femmes : Monica Bonvici / MAMBO à Bologne

Il y a quelques jours, j’ai participé à une visite guidée au musée d’art contemporain de Bologne, le Mambo. La conférencière, en plus d’être jeune, dynamique et très calée, faisait participer les visiteurs. D’abord elle nous a donné une feuille blanche : « exprimez ce que vous voulez sur cette feuille à condition de n’utiliser qu’elle et que vous ne fassiez pas plus de trois action ». Certains ont fait un chapeau, une fleur, un autre la mer ; moi j’avais fait le frisson. La conférencière nous a montré que nous étions restés dans une logique de représentation (le spectateur doit trouver le sens en la regardant) alors que l’art contemporain est dans une logique d’interaction avec le spectateur. Il cherche à provoquer une émotion de l’ordre du dégoût, de la fascination, de la stupeur… Ce pourquoi on peut utiliser un objet du quotidien (comme le fameux urinoir de M. Duchamp) et le poser comme oeuvre d’art. L’intérêt n’est plus dans l’oeuvre elle-même, mais dans la confrontation artiste-objet-spectateur. D’où l’importance de la mise en scène !

La conférencière nous a donc ensuite montré des vidéos de performances réalisées à l’ancien musée d’Art contemporain de Bologne. Des artistes se sont mis à la porte de l’entrée du musée, nus et immobiles. Pour entrer dans le musée, le visiteur était obligé de se confronter directement à leur nudité sous peine de rester dehors. Dans une autre vidéo, un artiste mimait la crucifixion en régurgitant du sang (d’animal). La nudité, la crucifixion sont des thèmes centraux de l’histoire de l’art : l’art contemporain cherche à repenser ces canons : qu’en est-il de notre réel rapport au corps aujourd’hui ou à la violence ? Pour bien nous donner l’ampleur de l‘impact que crée un corps vivant au milieu d’un musée, la conférencière a fabriqué un cadre avec du scotch noir sur le sol de la salle et a demandé à l’un d’entre nous d’y prendre la posture qu’il voulait. Aussitôt entré à l’intérieur de ce cadre, le corps du garçon a pris une toute autre dimension, parce que dé contextualisé. Les oeuvres contemporaines ne sont donc pas gratuites : pour faire l’expérience, posez-vous vous même la question. Que feriez vous à l’intérieur d’un cadre en plein milieu d’un musée ? Vous êtes obligé de poser une problématique, qui aura plus ou moins d’intérêt selon le niveau de connaissances ou de sensibilité artistique. Cette expérience montrait également que la performance n’est pas à la portée de tout le monde puisque l’immobilité ou l’impassibilité était un travail extrêmement difficile.

Au cours de la visite, nous sommes passés devant une oeuvre de Monica Bonvici, artiste italienne résidant à Berlin, qui m’a beaucoup émue. Belted Thought, executé en 1965, est une référence aux violences faîtes aux femmes. A cette époque où dans les journaux se multipliaient les nouvelles de femmes battues, violées et tuées, l’artiste a choisit de représenter cette violence par un assemblage de ceintures en cuir (utilisées pour frapper). Celles-ci immergent la salle par le plafond de façon violente [référence au viol]. Bel exemple d’Art contemporain selon moi, auquel j’avais complètement échappé, ayant pris d’abord cette oeuvre pour un clin d’oeil sado-maso…

C’est beaucoup plus intense de la voir réellement : je conseille donc à tous les erasmus et italiens à Bologne de se rendre au Mambo !

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Au passage, dénonciation d’une campagne de pub française : parce que je crois que les violences faîtes aux femmes découlent d’une vision sociétale de la femme dangereuse.

http://www.rue89.com/2010/03/29/une-pub-ma-bite-elle-est-dans-le-garage-ca-passerait-144968

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2 Comments

  1. Tout cela est très pertinent et vous le développez de manière très claire. Mais face à ce type d’oeuvre je me pose la question à chaque fois de l’armature théorique nécessaire pour qu’elles « tiennent ». La théorie , l’explication, la démarche esthétique est presque plus importante que l’oeuvre. C’est un art de la déconstruction peut-être, un art très bavard. En tout cas votre article est très intéressant.

  2. maudida

     /  7 février 2011

    Anis : Je pense qu’on peut apprécier de manière plus immédiate une peinture hollandaise par exemple, parce que certaines de ses caractéristiques auront été reprises dans les images qui nous environnent. Mais sans une « armature théorique nécessaire », je ne suis pas sûre qu’on sache en pénétrer le sens souvent très codifié, et donc l’apprécier réellement. On sera donc moins ouvert : sans savoir pourquoi on aimera tel artiste de la renaissance mais ne sera pas « touché » par un autre du classicisme. Avec des clés de lecture en revanche, que ce soit pour l’art contemporain, moderne, classique ou antique, on pourra apprécier d’avantage de styles, ils nous seront moins imperméables. C’est vrai qu’on pourra difficilement passer des heures à contempler une toile blanche et que de ce fait, l’explication (qui peut donner l’impression de bavardage) peut paraître aussi importante que l’oeuvre. L’artiste ne recherche pas le même type de rapport avec son spectateur.

    Pour revenir sur l’idée d’ « armature théorique », j’ai l’impression que c’est pareil en littérature. Une étude rhétorique ou stylistique des textes permet d’en avoir une approche beaucoup plus approfondie qu’un lecture immédiate. J’ai apprécié des textes qui me semblaient auparavant très très ennuyeux comme ça. Idem avec les émotions que peuvent nous provoquer des peintures etc.

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