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« Expliquer » la poésie

 

Au semestre dernier, mon prof d’histoire de la photo a refusé d’expliquer un vers de Baudelaire qu’il citait. Il ne voulait pas disait-il, « trop expliquer la poésie », sous peine de lui retirer son pouvoir évocateur. C’est un lieu commun très répandu de penser que la poésie doit à tout prix rester mystérieuse, non explicite. Certains intellectuels –souvent non littéraires, pensent qu’il ne faut pas risquer de limiter la liberté d’interprétation en expliquant un vers, quitte à ce qu’il reste complètement obscur.
Je suis tout à fait contraire à ce genre de considérations . C’est une énorme erreur didactique qui m’a fait longtemps penser que la poésie était ennuyeuse et avait un système intrinsèque autre que celui de la littérature en général. Souvent les gens pensent ne pas être en mesure de la lire, comme si elle était réservée à une élite.
Je ne pense pas que la poésie soit un genre d’élite, ou qu’il faille la traiter comme une chose fragile. Je ne pense pas qu’analyser une poésie de Baudelaire ou autre puisse l’épuiser : parce que ces analyses restent de simples propositions de lecture (ce pourquoi il y en a tant !).  C’est la même chose en arts : la conférencière du musée d’art moderne de Bologne soulignait le peu de compréhension que nous avions de la peinture sans contexte historique. Je pense l’humain tout à fait capable de revenir au tableau, à sa beauté et ses mystères après avoir pris connaissance de son historique et sa critique. De même si l’œuvre est de réelle qualité, on aura beau tenter de l’ « expliquer », on ne parviendrait pas à la cerner complètement.

Le mystère est dans les œuvres. Pour lire la poésie, il faut se confronter à elle, chercher à voir ce que ses images évoquent, comprendre pourquoi. C’est d’ailleurs exactement ce qu’on nous demande dans un commentaire de lecture au lycée ou à l’université. La poésie n’est pas un genre plus sérieux qu’un autre et il ne faut pas craindre d’y trouver un aspect tout simplement ludique. J’aime beaucoup devant un tableau me demander ce que j’y vois, à quoi ça me fait penser. Puis je lis les analyses de critiques d’arts, et retourne au tableau. Cette étape a simplement enrichie mon regard, mais je ne pense pas qu’il me l’ait voilé. J’y vois souvent plus de choses.
Depuis que je me suis autorisé à essayer de comprendre la poésie, je l’ai aimé. Ca m’a paradoxalement aussi permis d’aimer son caractère parfois hermétique. Mais les poètes ne viennent pas de nulle part et leurs écrits ne viennent pas de Dieu. Ils écrivent dans un contexte précis, s’adressent à un lecteur tel qu’il se le figure, et ses thématiques, aussi originales ou mystiques puissent-elles être, viennent de notre monde à nous.
Expliquez donc la poésie tant que vous voulez, et ne laissez pas certains intellectuels (souvent parmi les moins bons) procéder à ce que je considère comme une auto-suffisance très hypocrite. Ils possèdent les clés de lecture et font croire qu’il n’y en a pas besoin.

Sur ça, j’abandonne le blog pour 10 jours, car je vais au Liban ! Compte rendu à mon retour.
Bon mois de juin !

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1 Comment

  1. Eric

     /  21 juin 2011

    Ce que tu écris sur la poésie est très juste. On rencontre ce même phénomène avec les mathématiques.

    Il en est ainsi qui ne veulent pas expliquer ce qui conduit au « beau » (la poésie dans ton texte, ou l’art plus généralement) et il en est de même qui ne veulent pas expliquer ce qui conduit au « vrai » (la pensée mathématique que je suggère ici en réaction à ton texte).

    Tu considères qu’ils commettent une erreur didactique. Ils considèrent que la didactique est une erreur. Comme si comprendre le chemin qui permet d’accéder à l’esthétique ou à la vérité entachait le beau ou le vrai, comme si le partage de l’émotion ou du savoir les rendait moins précieux.

    Bon, c’est quand que tu reviens à ton blog !!! ????

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