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Deux semaines au Liban : le choc culturel pour une jeune européenne

 

Il y a quelques mois, je suis allée rendre visite à une amie qui habitait à Beyrouth pour un an. N’étant jamais allé au Moyen Orient, j’en avais une idée à la fois fantasmée et floue. J’imaginais de petites ruelles autour d’un centre plus moderne, de petites places pleines de marchés ouverts, une vie au quotidien très bon marché… Concernant les femmes, je pensais d’abord qu’il fallait se couvrir voir porter le voile mais on me détrompa : Beyrouth est une ville très moderne, dite « européenne » où les femmes ne sont absolument pas toutes voilées. Durant ces deux semaines, je me suis rendue compte des erreurs de jugements que j’avais pu avoir et me suis sentie complètement dépaysée par des repères culturels à 1000 km des miens.

La ville est belle et vivante : son histoire politique et culturelle en détermine les dynamiques. Contrairement à ce que j’imaginais, il n’y a pas ou que peu de trottoirs, les rues sont pleines de voitures à la conduite apocalyptique. Entre les travaux d’immeubles, la chaleur, les coups de klaxons et l’essence, l’air est comme saturé.

Alors que nous nous baladons dans son quartier, je fais remarquer à mon amie que nous sommes constamment observées.

Elle m’en explique la raison : les libanais n’ont pas pour habitude de marcher -et surtout pas les femmes. Ici on prend des « services », sorte de taxis bons marchés, pour se déplacer. Il devient rapidement difficile de ne pas remarquer les regards et les remarques qui nous assaillissent : une portière de voiture s’ouvre, des insultes fusent.

J’ai du mal à comprendre : les libanaises que nous croisons dans les restaurants ne sont pas voilées, mais au contraire souvent très maquillées. Elles portent des vêtements moulants, leurs cheveux sont lissés… Mon séjour se prolonge et je comprends que nous sommes très mal jugées parce que nous marchons seules -c’est à dire non accompagnées par un homme-, que nous sommes françaises et qu’on voit nos jambes. Je change peu à peu de tenue :

Malgré l’accueil chaleureux de certains libanais, je suis gênée de subir des commentaires des passants et des militaires 100 fois par jours. Le contraste entre l’influence américaine -surenchère des marques, fast food, études commerciales- et une rigueur religieuse et morale me met très mal à l’aise. Les attentions bienveillantes sont toujours marquées d’un profond sexisme. Ainsi, on nous porte des bouteilles d’eau minérale jusqu’à chez nous parce que nous sommes des femmes.

Les plages privées sont magnifiques, mais l’entrée est chère ; les boissons coûtent autant qu’à Paris.

La différence entre riches et pauvres est criante, une organisation sociale et publique absente : les ordures traînent, les trottoirs sont bloqués par les voitures. Sans réserve personnelle, on coupe l’électricité des habitations une voir deux heures par jour. Un jeune libanais m’explique que pour juger du bon goût d’une fille, il regarde la marque de son sac ; quant aux garçons, ils ne peuvent espérer conquérir une femme sans voiture.

Je suis étonnée de voir des étudiantes libanaises cultivées et modernes s’épiler intégralement, se refaire le nez, ne pas sortir les cheveux bouclés… Bien que Beyrouth ait les caractéristiques d’une ville moderne à de nombreux égards, je constate que nous sommes toujours les seules filles à être dans la rue, surtout au sud.

 

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3 Comments

  1. Voilà un point de vue très intéressant. Le Liban vue de l’intérieur, vécu par une femme. J’ai bien aimé.

  2. maudida

     /  26 octobre 2011

    merci !

  3. Marine

     /  4 novembre 2011

    Super intéressant ! J’adore ! Et bravo…

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